Toute la classe avait appris, bien des jours à l'avance, que deux nouveaux élèves allaient venir à l'école.
C'était Denis qui, la première fois, en avait parlé. Il avait raconté, qu'à la maison voisine de chez lui, était venu, il y quelques semaines, un étrange camion.
Il n'en avait jamais vu de la sorte.
« La cabine du camion était très longue, disait-il, anormalement longue. Sa remorque, quant à elle, était très courte, trop courte même. »
Les enfants de la classe avaient été émerveillés par ces bizarreries et ils avaient bien hâte de connaitre la suite.
Denis ne s'était pas laissé prier pour continuer.
« Si vous aviez vu les meubles qu'on sortait du camion! Je n'ai rien reconnu. Je n'ai pas vu de réfrigérateur, ni de cuisinière. Je n'ai pas vu de tables, de chaises. Même pas de lits. »
« Ce n'est pas possible, ce n'est pas croyable, » disaient les autres enfants.
« Mais attendez! Ce n'est pas fini. Quand les déménageurs furent partis, je me suis approché. Il n'y avait personne à l'intérieur. Je cherchais un endroit pour me glisser incognito dans la maison quand j'ai découvert qu'une prote avait été laissée entrouverte. Je suis entré... »
« Tu n'avais pas peur?, » lui dirent les enfants.
« Moi! Peur? Bien non... bien oui, un peu... ! Alors, comme je vous le disais, je suis entré dans la maison. J'ai vu les meubles que je ne pouvais reconnaitre. Il y avait, à la place du réfrigérateur, une sorte de grosse boite tout en vitre. Je ne voyais pas de poignée. On aurait dit que c'était de la glace.
À la place de la cuisinière, c'était quelque chose de rouge et de jaune; ce n'était pas carré; ce n'était pas rond non plus; c'était comme un zigzag.
Je suis alors entré dans une chambre. Il n'y avait rien : pas de lit, pas de commode; rien. Seulement un bruit bizarre, comme un ronronnement.
Là, j'ai commencé à avoir vraiment peur. Puis je suis parti. »
« Bah! Tu nous racontes des blagues », lui dirent en riant les autres enfants.
« Non! Non! C'est vrai, je vous assure. Ma mère et mon père aussi ont vu ce que je viens de vous décrire. Ils ont parlé aux gens qui habitent dans la maison et ils m'ont dit qu'il y avait deux enfants. Et les deux enfants vont venir à l'école avec nous. »
Il y avait maintenant deux semaines que Denis avait raconté ces étranges choses. Ces choses si hors de l'ordinaire qu'aucun enfant de la classe n'y croyait vraiment. Mais chacun était quand même drôlement curieux de rencontrer ces deux enfants de l'étrange maison.
Ils arrivèrent enfin. Ils étaient en retard. Alors, toute la classe put les voir venir par la rue en face de l'école.
Ils ressemblaient, de loin comme ça, à tous les enfants qu'on connait. Il y avait une fille et un garçon. Ils arrivèrent devant la barrière de l'école. Elle était fermée.
Et c'est là que la classe vit quelque chose d'inattendu.
Au lieu d'ouvrir la barrière, le garçon sauta par-dessus... mais la barrière avait bien 2,50 m de haut...
La fille, elle, s'avança et passa au travers de la barrière... comme si elle n'existait pas.
Dans la classe, on entendit des oh! et des ah! puis un silence pesant tomba sur le groupe d'enfants. Certains même devinrent blancs comme des draps. Personne n'osait bouger.
Toute la classe resta figée ainsi, comme des statues de sel, jusqu'à ce que, tout à coup, on entendit frapper à la porte. Tous se retournèrent en même temps. C'était la directrice de l'école qui entrait avec les étranges André et Sophie...
Toute l'année durant, ces enfants bizarres n'allaient cesser d'émerveiller la classe par leurs prouesses. Une fois que chacun se fut bien habitué à leur présence, on découvrit à tous les jours les merveilles qu'ils pouvaient réaliser.
Sophie, par exemple, pouvait lire tout un livre sans jamais l'avoir ouvert. Elle lisait au travers de la couverture. Elle voyait au travers d'un mur opaque comme elle pouvait passer au travers de ce même mur. Parfois elle s'amusait à entrer la moitié de son corps dans le mur et à laisser l'autre moitié sortie.
André, lui, pouvait lancer une balle à plus d'un kilomètre et il pouvait être là pour l'attraper. Quand, par exemple, un objet quelconque allait sur le toit et ne retombait pas, André sautait sur le toit et ramenait l'objet en vol plané.
Leur peau aussi était bizarre. Elle n'était pas blanche, ni jaune, ni brune, ni rouge. Elle était à la fois un peu toutes ces couleurs.
Leurs cheveux aussi n'avaient pas la même texture que les nôtres. Parfois ils étaient durs comme de la roche, parfois liquides comme de l'eau.
Ils avaient appris à la classe les noms des appareils qui leur servaient de réfrigérateur, de cuisinière et de lit : c'était respectivement un froidateur, un chaudateur et un dortateur.
Cependant, ils n'avaient jamais expliqué à personne qui ils étaient et d'où ils venaient. Un jour, ils repartirent sans le dire à personne et sans que personne ne sache où ils allèrent.
La classe se demande parfois si elle n'a pas rêvé tout ça...
Qui sait!?