L'homme du désert

2e partie

Le vent se lève un peu. Dans le calme. La poussière se soulève, descend, remonte. Le corps de l'homme, par terre, dans la terre, petit point dans l'immensité. Petit point perdu. Loin de tout. Loin des hommes.

Ses vêtements se soulèvent un peu. Au vent. Du sable pénètre entre ses vêtements, autour de lui. Il commence à disparaitre dans le sable.

Il n'y a presque pas de bruit. Sauf le léger sifflement du vent. Tout est calme. L'homme est apaisé. Son cœur bat de moins en moins fort. Il pénètre dans le sable. Tranquillement… la lumière baisse. Le soleil baisse. C'est toujours de plus en plus calme. Plus calme. Toujours plus calme. Et combien reposant.

* * * * *

Il sent de vagues rumeurs dans sa tête. C'est comme s'il entendait des sons. Des sons de toutes sortes. Rythmés par moment. Chaotiques aussi.

De drôles d'odeurs aussi. Bizarres. Indéfinissables.

Et des ombres autour de lui. Mouvantes. Bougeantes. Sensuelles. Qui lui font glisser des cheveux sur son front, ses joues. Douceur.

Dans sa bouche. Comme un jet d'eau. Rafraichissant. Court. Sans arrière-pensées.

Les ombres s'éloignent. À ne pas retenir. La caresse des cheveux sur sa figure.

Ses lèvres asséchées cherchent le gout de la goutte d'eau sur sa bouche, glissant au coin de sa bouche.

Il tente d'ouvrir les yeux. Juste un peu. Autour de lui. Rien. Le vide.

* * * * *

Et là, il sent comme une douceur tiède. Tout autour de lui.

Il ne sent plus le sable chaud. Ses pieds glissent dans un nuage frais. Sa tête se tourne moelleusement. Il est surpris.

Il se sent enveloppé, emmailloté, en sécurité. Sensation qu'il n'arrive pas à définir, ou si peu.

Il n'est plus dans le désert. Il en est certain maintenant. Il ne sait pas où il est.

Tout son esprit, tout son corps, tout son être est aux aguets.

Il a de nouveau cette sensation de sécurité. Mais fragile. Comme au bord d'un gouffre.

Il ouvre les yeux.

Des murs blancs, des meubles impersonnels, des draps blancs, son corps enfoui dans ces draps. Une fenêtre légèrement recouverte d'un rideau qui flotte sur une légère brise.

Une chambre d'hôpital.

* * * * *

Pendant sa convalescence, on lui raconta ce qui s'était passé. Des nomades l'avaient trouvé, l'avaient transporté à la ville. Mourant. Complètement déshydraté.

Il avait repris conscience. Lentement. Dans des rêves. Criant un nom. Trop, trop fort pour être compris.

* * * * *

Il se concentra sur ses forces à récupérer. Petit à petit. Lentement.

Il vécut ce moment comme s'il réapprenait à vivre. Il eut l'impression de réapprendre à manger, à parler, à marcher, à penser, à risquer.

La première fois qu'il reprit un risque, il avança jusqu'à une terrasse de l'hôpital. Dehors. Devant le désert.

Il eut une douleur au ventre. Revint vite dans sa chambre.

Plus tard, il essaya de nouveau. Cela réussit. Il s'encouragea.

Il descendit au ras du sol. Marcha en direction du désert. Jusqu'au bord.

Il franchit une barrière imaginaire. Mit le pied dans le sable. Et attendit.

Il ne se passa rien.

Il revint souriant à sa chambre. Demanda le médecin. S'informa de son état de santé. Apprit que sa récupération allait bien. Mais qu'avant qu'on lui donne son congé, on attendrait de possibles rechutes.

Ce qui se produisit. Plusieurs fois. Des cauchemars. Du sable chaud. Le désespoir.

Il avait l'impression alors qu'il ne s'en sortirait jamais. Son organisme lui apparaissait à bout de récupération. Énergie éclatée. Éparpillée. Perdue.

En tête, une question : « Quand? Quand la fin de ces crises? »

Et une autre question : « Vais-je y retourner? »

L'urgence pourtant était en lui. Et forte.

Trouver un moyen d'aller au bout de ses désirs, de son désert. Le transformer, l'enrichir, le créer, l'inventer, l'irriguer, l'épanouir, le faire grandir, étendre l'oasis, recouvrir tout son désert de fleurs, d'arbres, d'ombre.

Sa convalescence se termina là.

* * * * *


-------------------------- Auteur : Marcel Belletête --------------------------

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